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Syndicalisme; ma présence au 65e congrès de la CSN a déconstruit mes préjugés

La perception populaire à propos des syndicats est assez souvent négative. On leur reproche généralement d’être plutôt centrés sur les strictes intérêts de leurs membres, sur ce qui les touchent directement, comme les salaires, les conditions de travail, etc., et négliger les intérêts du reste de la population.

On leur reproche d’être une classe privilégiée bénéficiant de meilleures conditions de travail en général que les travailleurs non syndiqués (meilleurs salaires, congés, retraites, etc.).

Cette perception négative des syndicats est souvent récupérée par les gouvernements et les élites pour les discréditer et tenter de démanteler leurs acquis, et ceci est malheureux car même si en partie cette image comporte un certain fond de vérité, on oublie leur importance dans la société, comme un contrepoids au pouvoir des élites, entreprises et gouvernements, et que de nombreuses luttes dans l’histoire ont menées à des progrès sociaux qui ont bénéficiés à l’ensemble des populations, aux travailleurs syndiqués ou non syndiqués.

Pour ma part, j’avoue que j’ai partagé ces préjugés au sujet des syndicats. Lorsque Jeanette Wong m’a offert d’aller assister aux congrès du CCMM, de la FNEEQ, et plus récemment au 65e congrès de la CSN, j’ai accepté un peu par curiosité et un peu par sens du devoir envers mes collègues.

À ma grande surprise, j’ai découvert que la CSN, loin d’être uniquement concentrée sur les seuls intérêts de ses membres, faisait plutôt la promotion d’un syndicalisme de transformation sociale, en épousant des causes beaucoup plus larges qui concernent une grande partie de la population et susceptibles d’améliorer les conditions de vie, surtout dans les couches de populations les plus vulnérables.

Les prises de position du Conseil Central du Montréal Métropolitain il y a un an, et celles du 65e congrès de la CSN en juin dernier, s’inscrivent dans cette démarche, plus progressiste, et débordant les seuls intérêts de ses membres.

Le fait saillant du 65e congrès a été le dévoilement du manifeste de la CSN, qui est un ensemble de revendications mises de l’avant en vue des prochaines élections provinciales en 2018.

Ces revendications, si elles étaient appliquées, auraient un effet immédiat sur les conditions de vie de l’ensemble de la population, mais surtout des moins nantis.

Par exemple, le salaire minimum à 15$ de l’heure. On sait que le salaire minimum actuel, même pour un travailleur à plein temps, ne permet pas de s’élever au-dessus du seuil de pauvreté, d’après la mesure du panier de consommation (MPC).

Également, la refonte de la loi sur les normes du travail, par rapport aux congés payés, maladie, vacances, et aussi la bonification du Régime des Rentes du Québec.

Le manifeste se positionne résolument contre l’austérité en revendiquant un investissement massif dans les services publics. Ceux-ci ont été mis à mal depuis plusieurs années avec des compressions nombreuses qui ont fragilisé la prestation de services, mis en danger la qualité des services publics et ont occasionné une grave détérioration des conditions de travail.

La lutte aux changements climatiques. Pour la CSN, il faut opérer le plus vite possible une transition de toute l’économie vers des moyens de production durables, respectant l’écologie, grâce à des technologies propres, et surtout, sortir définitivement du pétrole.

On parle également d’améliorer la vie démocratique. Les populations, en général, on l’impression que nos dirigeants ne tiennent pas compte de leur opinion, de leurs intérêts. La mise en œuvre du mode de scrutin proportionnel mixte aiderait à cet égard.

Ce que personnellement je retiens de l’esprit du manifeste est surtout le virage vers une plus grande solidarité sociale, une lutte pour contrer la montée des individualismes. C’est ce qui fait défaut dans notre société actuellement.

Cette attitude ne va pas contre les intérêts immédiats des membres. La CSN croit plutôt que c’est en s’occupant de toute la société que les intérêts individuels seront mieux protégés. Ce n’est pas tout seul dans son coin que l’on va améliorer son sort. En montrant plus de solidarité, on sera en mesure de rehausser les conditions de vie de toutes et de tous, de réduire les inégalités grandissantes et d’avoir une plus grande justice sociale.

Ce manifeste vaut vraiment la peine d’être lu et surtout il doit être appuyé de toutes les façons possibles. La CSN compte sur ses membres pour élargir sa mobilisation et avoir un réel rapport de force, pour pouvoir imposer de vraies transformations sociales.
Note : Pour lire le texte intégral du manifeste, allez sur le site du 65e congrès de la CSN.

Claude Leboeuf
Instructeur au Conservatoire McGill